-II-      LES TÉMOINS


     -LE MAIRE : Voyons quels sont les témoins ?
     -Pierre VIROZEAU : Me, Moussur lu Méro
     -LE MAIRE : Votre nom et votre prénom, je vous prie ?
     -Pierre VIROZEAU : Pierre de VIRONZEU
     -JEAN GIBAUD : (au témoin) Pause ta chico, tu parlaras miei. (Vironzeau pose sa chique sur le chapeau du Maire; celui-ci l'ôte en regardant le témoin d'un air sévère).
     -LE MAIRE : (qui écrit et lit en même temps comme il le fera chaque fois qu'il inscrira quelque chose au cours de la cérémonie) : Pierre VIRONZEAU , et quelle est votre profession ?
     -P. VIRONZEAU : moussur, sai maren sur l'Eitang Groulié.
     -LE MAIRE : (étonné) Marin sur l'étang Groulier ?
     -P. VIRONZEAU : V'oui, Moussur; sai maren de pai en fi…
     -ZÈPHE : Qu'ei un dur meitié qu'où fai, Moussur lu Méro. Si vous veseis dansâ soun bateù quante lu vent bufo…
     -LE MAIRE : Oui, je sais, je sais…
     -ZÈPHE : Quel ome s'enrajo par nurî sous meinageis, Moussur lu Méro, surtout qu'où n'en o tout uno grouado(*), camb'as-tu de familhas, Pierre ? Ei co dies ou douge ?
     -P. VIRONZEAU : (évasif). Ah ne sabe pas où jurte. Si notro fenne éro qui, la zu dirio bè, eilo.      -GURTOU : Moussur, où deù n'en vei ounze e lu douzième vai tôt eisî. Pensas s'i li coten de nurî. Qu'ei que la paicho n'ei pas toujours bouno. Figuras vous que l'autre jour où vio trapet no grosso carpro… (Le Maire fait un gest d'impatience)
     -ZÈPHE : Une carpro "centenaire" coum'i desen en francès. La vio beleù trente ans.
     -GURTOU : Qu'ei co qu'i voulio dire. Eh bè, o mamen que lu maren levet soun filet, lu requen lu li coupet e la carpro se souvet. De quel affas lous paubreis droleis de Pierre se coueijaran sei soupâ.
     -LE MAIRE : (impatienté) Mes chers amis, je plains cet homme de tout mon cœur , mais si vous m'en croyez, nous parlerons de tout cela une autre fois. Aujourd'hui c'est du mariage qu'il faut nous occuper. Et bien, Monsieur Pierre VIRONZEAU, vous m'avez dit votre nom et votre profession. Mais il faudrait également m'indiquer votre domicile.
     -P. VIRONZEAU : Moussur, demore sur moun bateu. N'ai jamais coueijat dins de meijou.
     -J. GIBAUD : Qu'ei co qu'un pélo un maren pur sang.
     -LE MAIRE : Nous disons donc Pierre VIRONZEAU, marin sur l'Etang Groulier, Domicilié sur son bateau. Bon, et maintenant quel est l'autre témoin ?
     -PEROUNIER : (levant la main) Qu'ei me, qu'ei me Moussur lu Méro.
     -LE MAIRE : Votre nom, prénom et profession, s'il vous plaît ?
     -PEROUNIER : Que po co vous fâ ?
     -LE MAIRE : Ça me fait que j'ai besoin de l'inscrire sur l'acte.
     -PEROUNIER : Eh bè, marquas : François PEROUNIÉ, bracounié e cliar de cantounié. Demore au Vargié;
     -LE MAIRE : François PERONIER, clerc de cantonnier, domicilié au Verger.

(*)
grouado : troupe de poussins

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