-III-      AGE DES MARIÉS


       -LE MAIRE : Maintenant, passons à l'âge des futurs. Quel est votre âge, Monsieur GUSTOU ?        -GURTOU : Mossieur le Mar, je suis nacu en 1885.
       -LE MAIRE : (narquois) Vous n'avez donc que 5 ans. Vous êtes grand pour votre âge.
       -GURTOU : Attendès. (il met un doigt sur son front); Me troumpe. Cresè que qu'ei en 1865.
       -LE MAIRE : Ah, à la bonne heure. Et quel jour , je vous prie ?
       -GURTOU : Un jour d'orage, Moussr, que les prunas éran maduras.
       -LE MAIRE : Mais , mon pauvre ami, nous ne pouvons inscrire ceci.
       -GURTOU : Partant, Moussur, qu'ei la puro véritat.
       -LE MAIRE : Entendu, mais ce qu'il faut, comprenez-vous, c'est le mois et le jour de votre naissance.        
       -TINE : Arcusas qu'i vous cope; Si co me troumpo pas, qu'éro lu trente cinq doù meis de Juliar.
       -LE MAIRE : Ah, les mois avaient trente cinq jours en ce temps là ?
       -TINE : Moussur notre Mèro, vous sabès bè qu'en eiteu lous jours soun loungs. V'eitouneis pas si lous grans jours fan de grands meis.
       -LE MAIRE : Allons, allons, pas de plaisanteries, je vous prie.
       -TINE : Moussur le Mèro, vole pas vous countragnâ. Vous sès partisan d'eicourcî lous meis ? Eh bè, eicourcissam lous. Fasam couma las filhas an fai par las roùbas. Metès, si vous voulès, que GURTOU o nacu lu trento.
       -LE MAIRE : Gustou GIBAUD, né le trente juillet 1865. Il nous manque aussi la date de naissance de Melle Arliroso. Veuillez nous dire quand vous êtes née Mademoiselle ?
(Arliroso ne répond pas)
Mademoiselle dites-nous votre âge, je vous prie.
               (Arliroso reste muette)
       -GURTOU : (suppliant) Anè, Arliroso, reipoun li.
               (Arliroso garde toujours le silence)
       -VIRONZEAU : Moussur lu Mèro, l'a beleù lu lignoù.
       -CATIROU : Partant, la lu vio pas en venen. L'a blagassat tout lu loung doù chami.
       -ZÈPHE : Qu'ei lu coumpte qu'un dit: Lou maù ei tôt ribat.
       -J. GIBAUD : N'i a co eici que saben coupâ lou lignoù ?
       -PEROUNIÉ : Me, me PERONIER s'avance avec de gros ciseaux. Il coupe le ligneul ( un petit ruban rose) et le montre au public en disant :
          Qu'ei pas eitounant que la siet mudo.
       -ARLIROSO : (gémit et répond) Arcusès moi, Monsieur le Mir, je pouvais pas réponir. J'ai nessu en 1872.
       -CATIROU : La meichanto annado, Moussur, que i aguet tant d'alimas.
       -LE MAIRE : Je ne vous demande pas cela. Mais quel jour et quel mois, mademoiselle ?
       -ARLIROSO : Ze peux pas vous ze dire.
       -ZÈPHE : Moussur, l'ei doù même âge que notre vielho bourico, en vous respétant.
       -CATIROU : E tu, tu sès n'âne. Qu'ei poli de coumparâ ta filho à d'uno saumo.
Moussur lu Mèro, vous damandas lu meis ? attendès… ne bougeis pas degu. Vesdam veire, qu'ei.. V'oui, i sai. Ca deù être par la pito ST JEAN, par la ballado de ST EITEFE. Lu coucu chantavo mai las ranas(*) . Qu'ei lu jour que Jandou aguet tant poù doù loup.
       -LE MAIRE : Mais quel jour ?

       -CATIROU : Eh vous sès bien curiu. Vous damande iou, me, si votre fenno se fai chantilhâ(*) par lu vesi , Eh bè, me cassès pas la této, étou-vous.
Qu'ei fai co que ma drôlo siet nacudo quand la vouro. L'ei bè qui. Eh bè, maridas lo.  
    (Avec la voix de Chantal Rouyer)
       -LE MAIRE : (Sévère) Madame , je vous rappelle aux convenances, et vous prie de me dire le jour de naissance de votre fille.
       -CATIROU : (Moqueuese). Ah pitit, qu'ei brave, coqui : un mèro que ne sas pas lou jour de la pito ST-Jean… Eh bè, qu'ei lu sieis dou meis de mai, pardi. Sès-vous countent, oùro ?
       -LE MAIRE : (hausse les épaules). Enfin, tout de même, on finit par y arriver. Inscrivons donc : Mademoiselle Arliroso VIPÈRE, née le 6 Mai 1872.

Ranas : nom donné aux grenouilles qui chantent en choeur par les soirs de printemps
Chantilhâ : chatouiller

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