-III-       DEUXIEME PARTIE DU CONTRAT

     -Me LAPOURADE : Qui écrit et lit en même temps pour chaque chose inscrite, comme précédemment) : En ce même jour, ont également comparu devant nous …
                         (à Zèphe) Voyons, votre nom est Vipère, mais quel est votre prénom ?
     - ZÈPHE : Moun prénoum ?
     - Me LAPOURADE : Oui, votre petit nom.
     - ZÈPHE : Moussur, sai batisat Leùnard, mas à la mérorio sai Zèphe
     - Me LAPOURADE : (écrivant et lisant)… Joseph VIPÈRE.
                             (à la Catirou) Et vous, Madame, s'il vous plait ?
     - CATIROU : Me, Moussur ? Eh vous me couneissés plo. Sai la filho de queù pitit viei si eitartit(*) que jugavo de la viéno(*). Vous sabès bè ? Lu qu'eimavo tant nâ où gat doù teissou(*) ?
     - Me LAPOURADE : (lève les bras saans répondre) ? ?
     - CATIROU : Eh ne fasès pas lu meisoubu(*). Vous l'as plo counegut. Eù demouravo à POPARDU. Où vio no jauto de vi e lu pelavan "BABIGNOU d'eitruélo"(*). Et bè, qu'éro moun pai, vei.
     - Me LAPOURADE : Oui, peut-être l'ai-je vu, mais vous savez pour son nom…
     - CATIROU : (qui hausse les épaules). Puh, lu juge de pè, fasio pas tant de maniéras que vous. Vous prometè qu'eù li couneissio, se. Qu'éro soun melhour cliant, lu que li dounavo lu mai de débit. O ne passavo jamais dous meis sei pleidiâ, tantot par lo poulo tantot par no boucino.
     - Me LAPOURADE : (impatienté) Oh, je vous en prie, abrégez votre récit. Nous n'en finirons jamais.
     - CATIROU : Eh n'an be lou tems, quéraque. Co n'ei pas d'enquèro nuet. (sans se presser) Co fai que doun, vous disio que poun pai éro lu pus grand pleidiadour doù pais.
           Figuras-vous que quand où murit où vouguet asoulamen qu'i mète doùs avartissamens dins sa caisso de poù que ca n'i aiè pas en dedins lu Paradis. Vous vesès, au mamen que nous parlen, où plaidio beleù avèque St Pierre…
     - Me LAPOURADE : (impatienté) Oh, Madame VIPÈRE, je vous en supplie, revenons à nos moutons.
     - CATIROU : Quaus moutous ? Nous n'am pas de moutous , ni de quito chabro.
     - Me LAPOURADE : Vous ne comprenez pas. Je veux dire par là que vous vous écartez sensiblement du sujet. Vous seriez bien aimable de me dire votre nom et votre prénom tels qu'ils figurent sur votre acte de naissance.
     - CATIROU : (sur un ton vif) : Eh bè, vau zu dire. Sai Catirou JABRAUD, soulamen, en me maridant, ai vengut VIPERO.
     - Me LAPOURADE : Bon, bon, comment écrit-on JABRAUD ?
     - CATIROU : Moussur, co se dit, mas co s'eicri poen.
     -Me LAPOURADE :Ça , c'est pas mal, par exemple. Enfin, marquons n'importe comment :
            Catirou JABRAUD,
           et où habitez-vous ?
     - CATIROU : Demore couma moun ome, pardi.
     - Me LAPOURADE : Oui, mais dans quelle localité ?
     - CATIROU : Co n'ei pas de localita, Moussur LOUGNOU, anfen Moussur LAPOURADO, vole io dire. Qu'ei un vilage qu'i pélen CHANTOLOVETO dins la comuno de ST MARSAUD.
     - Me LAPOURADE : Très bien. Nous disons donc : En ce même jour, ont également comparu devant nous, Messieurs Joseph VIPÈRE et Catirou JABRAUD, son épouse, domiciliés à CHANTALOUETTE, commune de ST MARTIAL de VALETTE, lesquels ont déclaré vouloir donner à leur fille… Mademoiselle Arlirose, je crois…
     - ARLIROSO : V'oui, Mossieur le Noutar.
     - Me LAPOURADE : A leur fille, Mademoiselle Arlirose VIPÈRE, ici présente à l'occasion de son prochain mariage …
           Alors que lui donnez-vous ?
     - ZÈPHE : Moussur, nous pourian li dounâ…

     - CATIROU : Pauso te, Zèphe. Pariè que tu vas te fâ eirabia(*). Foutre de foutre. Qu'ei co que coumando eici ? Dijo doun, que vouais-tu lur balhâ à quis droulauds ? I an lur jonesso par is. N'ei co pas prou ?
    Avec la voix de Madame Brie (Marval)
     - Me LAPOURADE : Madame VIPÈRE, si vous ne vouliez rien donner, ce n'était pas la peine de venir à mon étude.
     - CATIROU : Eh, Moussur, qu'ei bè votre dire. Segur que n'oriam miei fai de vei rarta chas nous. Ovas, s'i ai vengut, qu'ei bien à countre cœur.
              Anfen, peique fou marquâ quauco rè, metès que nous donen à l'Arliroso tout ço que nous leissaram quante nous siram morts.
     - Me LAPOURADE : Mais, Madame, c'est parfaitement inutile d'inscrire des choses pareilles. C'est évident que votre fille héritera de vous à votre décès, à moins que vous ne vendiez votre bien ou que vous la déshéritiez.
     - CATIROU : La deiretâ, Moussur ? Co sirio bè doumage. Co n'ei pas couma qu'ei la mio, mas vei, qu'ei no drôlo que vau la peno. Li couneisse pas de défauts. Qu'ei veilhent, moun ami, e meinagié, et soumei, e tanquile. Lo ne dounerio pas lu deimenti à d'un meinage de treis meis. E no crano gouiato. Eipias lo en pau si l'ei choùmenido(*) moun Arliroso. Qu'ei la flour d'où pais.
     - Me LAPOURADE : Eh, je ne dis pas le contraire, mais…
     - CATIROU : Sei l'avantâ, n'i o pas uno dins lou canto que fase miei venî lous pors, lous pors mai lous lapins…
     - Me LAPOURADE : Entendu, ma bonne dame. Je suis persuadé que Melle ARLIROSE est sans défauts, et, pour ce qui est d'être gentille, il n'y a qu'à la regarder pour s'en rendre compte, mais actuellement, ne parlons pas de cela. Il s'agit de savoir si vous avez l'intention de faire une dot à votre fille.


(*)
eitartit : vif, éveillé
viéno : vielle
teissou : blaireau
meisoùbu : celui qui ne sait pas ou feint de ne pas savoir
babignou d'eitruélo : menton carré comme l'extrémité d'une truelle
eirabiâ : corriger, admonester quelqu'un
choùmenido : moisi, se dit surtout our le pain
eiviroulâ : enlever la peau d'un lapin ou autre animal
baralho : dispute
eissoùrelhat : qui n'a pas d'oreilles ou qui les a très petites. Se dit aussi de celui qui est assourdi par un grand bruit
baboio : statue, poupée
toni : niais, imbécile
oùmalho : gros bétail
eicoubo : balai de genêt
redable : planchette avec un long manche servant à râcler la cendre des fours
choùveis : marrons
boueirou : bâton gros et court pour tourner la bouillie de maïs
Burgou : célèbre voleur Limousin vivant vers 1830

Vers le début du 2ème acte Vers le début du 1er acte  
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