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-Me LAPOURADE : Madame, je veux bien croire
que votre fils est plein de qualités, mais pour le moment, il ne s'agit
pas de cela. À présent, je voudrais savoir ce que vous lui donnez par
contrat.
-TINE : Rè doù tout, Moussur LAPOURADO.
N'a t'eù pas prou de ça qu'eù a meinajat ?
-GURTOU : E que voueis-tu qu'i aie meinajat
?
-TINE : Coumo, charougno, tu n'as pas virat
doù sous de coûta? Tu n'as rè assarrat ? Eh, qui joùneis sount bien deipensiés,
au jour d'ahuei !
-GURTOU : Ma paubro mai, aurio beù être
meinagié. Jamais vous m'as balhat un quite soù e jamais n'ai rè gagnat
en degun lio. Couma fâ per vai de l'argent ? Cresès-vous qu'i lou fau
?
-Me LAPOURADE : Ce jeune homme a raison.
Allons, Madame et Monsieur GIBAUD, soyez raisonnables. Donnez-lui donc
quelque chose.
-J. GIBAUD : Moussur, vole bien. Eh bè,
pei que qu'ai entau, li donne un chambalou.
- Me LAPOURADE : Un chambalou, qu'est-ce
que c'est que ça ?
-J. GIBAUD : Un chambalou, Moussur LAPOURADO
? Eh bè, qu'ei … qu'ei un chambalou, pardi, espèçamen de barrancou per
pourtâ las selhas. Co siar per nâ quère de l'aigo à la fount, mais doùs
viageis per fretâ l'eichino de sa Marioun.
-Me LAPOURADE : (embarrassé). Je me demande
comment cet objet se nomme en français. Enfin, peu importe, je marque
:… un chambalon. Et quoi de plus ?
-J. GIBAUD : Lu chapeù doù viei Picharou,
lu defunt peiri de Gurtou.
-GURTOU : (en secouant la tête) Eh bè, moun
ami, sirai bien coueifat aveque lu chapeù de moun pépé. Où v'ei boun per
fâ poù à las jassas.
-J. GIBAUD : Auvo,
Gurtou, dijo pas de mau doù chapeù de toun pépé. Qu'ei lu qu'où vio quand
eù se maridet. S'eu n'ei pas niou, eù z'a eitat. (Il
lève solennellemet le doigt). Pitit, lu chapeù n'ei pas de meipresâ.
Eù po d'enquèro durâ lountems. Toun pépé lu prenio noumas un cop per an,
per la balado(*) de la Malatio. Marquas lu, moussur lu noutari.
Avec la voix de Monsieur Brie (Marval)
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-Me LAPOURADE : (écrit et lit). Un chapeau
ayant été neuf. Donnez-vous autre chose ?
(*)
Caturo : tort, dépit ou dommage causé à quelqu'un.
Calabro : Corps humain.
Pous : bouillie de maîs (mot toujours au pluriel).
Balado : frairie, fête votive.
Peitelario : chose peu importante, babiole.
Bitouar : blutoir familial.
Eisinable : propre à rendre service, à mettre à l'aise.
Gabinet : meuble servant d'armoire ou de buffet.
Gageis : ustensiles.
Chanolo : tuyau en bois pour l'écoulement de la lessive.
Maroulhaire : (ou peiroulhé) nom donné aux étameurs et raccommodeurs ambulants.
Eipecounat : qui a perdu son pied (lit, marmite).
Joutat : gifle.
Eicrupit : crachat.
Lingo à traire : travailler "lingo à traire" c'est travailler en tirant
la langue.
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