-V-      LE CONSENTEMENT

     -LE MAIRE : À présent, passons au consentement.
           (d'une voix solennelle) :
       Monsieur Jean GIBAUD, consentez-vous au mariage de votre fils Gustou GIBAUD avec Mademoiselle Arliroso VIPÈRE, ici présente ?
     -GIBAUD : V'oui, Mossieur le Mar.
     -LE MAIRE : Madame Tine MARMONE, épouse GIBAUD, consentez-vous au mariage de votre fils Gustou GIBAUD avec Mademoiselle Arliroso VIPÈRE, ici présente ?
     -TINE : V'oui, Monsieur le Mir.
     -LE MAIRE : Monsieur Joseph VIPÈRE, consentez-vous au mariage de votre fille Arliroso VIPÈRE avec Monsieur Gustou GIBAUD, ici présent ?
     -ZÈPHE : Quéracobe
     -LE MAIRE : Allons, on ne dit pas quéracobe. Répondez comme il faut. Consentez-vous à ce mariage, oui ou non ?
     -ZÈPHE : Eh plo, eh plo. N'em vengu par co.
     -LE MAIRE : Voyons, on répond oui ou bien non.
     -ZÈPHE : Eh Moussur, qu'ei v'oui, bien entendu.
     -LE MAIRE : Madame Catirou JABRAUD, épouse VIPÈRE, , consentez-vous au mariage de votre fille Arliroso VIPÈRE avec Monsieur Gustou GIBAUD, ici présent ?
     -CATIROU : (qui serre les lèvres). Ne sobrias prèque coumo fâ.
     -LE MAIRE : Ah par exemple, qu'est-ce qui vous prend ?
     -CATIROU : Ovas moussur lu Méro, sei pouen chucanto, segur, soulamen, qu'ei co dire que vous z'as damandat à tous lous autreis vant me. Vale iou mouen que is ?
     -LE MAIRE : Mais pas du tout, ma brave femme. On ne peut pas questionner tout le monde en même temps, voyons.
(aimable). Ne vous fâchez pas de ceci, je vous prie.
     -CATIROU : (hargneuse) Ané, ané, n'aimo pas tous quis afflataireis que se fouten de vous. Après, moun ami, vous passen la mo sur l'eichino.
     -LE MAIRE : (impatienté). Voyons, Madame VIPÈRE, il s'agit de savoir si oui ou non, vous consentez au mariage de votre fille avec Monsieur Gustou GIBAUD.

     -CATIROU : (avec vivacité). Eh quel ome ei bien malent. Eh bè v'oui, v'oui.
Sés-vous countent oré ? (lentement, en articulant bien chaque syllabe):
Soulamen vole que lou maridage ne dure noumas dous v'ans. Après queu tems, si co vai bien e si ma filho se plan pas de soun ome, nous damanderam no proloungaciu, coumo disen lous soudards en parmiciu.
             (avec la voix de Chantal Rouyer)
                          (les gens de la noce rient aux éclats)
     -PEROUNIÉ : (à part) qu'ei no rudo, la vielho.
     -VIRONZEAU : (à part) Moun viei, l'a la peù eipesso, quelo qui!
     -CATIROU :V'autreis poudeis bè rire, foutus mau polis que vous séis tous. Sabe ço qu'i fau. Quand un i maridat qu'ei lou leberou par se deimaridâ et co côto l'argent doù diable. Vau co pas miei marquâ sur l'ate que lou maridage ei par dous v'ans ? Entau, au bout doù tems dit, lous que pouden pas s'avenî s'en van chacun lur biai, sei fâ de frès. Bounjour, bounsei, e tout ei dit. Ané, Moussur lu Méro, marquas co qu'i v'ai dit.
     -LE MAIRE : (séchement). Impossible, Madame.
     -CATIROU : (câline) . Ané, Moussur , marquas zu doun.
     -LE MAIRE : (catégorique). Madame VIPÈRE, je vous répète que nous ne pouvons inscrire des choses pareilles. C'est contraire à la loi.
     -CATIROU : (irritée). Foutre de foutringo. Vous crésès qu'i sei nacudo de iar ? Sabe plo, deù marce, que vous les fas couma voutreis voulés, las leis.
Co fai que doun, vous ne voulez pas zu marquâ.
     -LE MAIRE : (formel). Je ne veux pas parce que je ne peux pas.
     -CATIROU : (furieuse). Ah, co marcho entau. Eh bè, retire moun counsentamen. Me foute lou camp. Vèque Zèphe, vèque Arliroso. Nam nous. Leissam qui tous qui pelhauds(*).
(Elle se lève pour s'en aller. Les autres l'arrêtent. Elle s'agite et crie en tâchant de se faire lâcher. À la fin, elle se calme et revient à sa place).
     -GURTOU : (à part). Eh la vielho bougro. La n'o pas chabat de me fâ einouâ !
     -LE MAIRE : continuons. Monsieur Gustou GIBAUD, consentez-vous à prendre pour épouse Mademoiselle Arliroso VIPÈRE , ici présente ?
     -GURTOU : (enthousiaste). Eh paubre, s'i counsente, doùs dous pieds mai de las douas mas.
     -LE MAIRE : Allons, encore. Voyons, répondez oui ou bien non.
     -GURTOU : Oui, oui, Mossieu le Mar, je consens.
     -LE MAIRE : Mademoiselle Arliroso VIPÈRE, consentez-vous à prendre pour époux Monsieur Gustou GIBAUD, ici présent ?
            (Arliroso ne dit rien. Silence général).
Pour la deuxième fois, Mademoiselle Arliroso VIPÈRE, consentez-vous à prendre pour époux Monsieur Gustou GIBAUD, ici présent ?
            (Arliroso reste immobile et muette. Les autres la pressent de répondre).
     -GURTOU : (tendrement). Ané, ma pito Arliroso, reipouns doun.
     -LE MAIRE : (stupéfait). Enfin, qu'est-ce qu'elle a ? pourquoi ne répond-elle pas ? pourtant, l'autre fois, on lui a coupé le ligneul. Il n'a pas eu le temps de repousser.
Pour la troisième fois, Mademoiselle Arliroso VIPÈRE, acceptez-vous de prendre pour mari Monsieur Gustave GIBAUD, ici présent ?
     -ARLIROSO : Euh … V'oui, v'oui, Monsieur le Mir. Tout ore, l'émotion m'avait coupé le sifflon.
     -LE MAIRE : (lentement et solennellement).
Au nom de la loi, je déclare que Monsieur Gustou GIBAUD et Mademoiselle Arliroso VIPÈRE sont unis par le mariage.
     -GURTOU : (joyeux). Ah, co i ei queù côp.
     -ZÈPHE : V'oui, auro qu'ei manchat.
     -PEROUNIÉ : (qui depuis un moment somnolait sur son siège, baisse brusquement la tête et tombe)      -GIBAUD : Tu sés plo sadous, François ?
     -PEROUNIÉ : Eh nei gro. N'ei prèque pas begut.

(*)
pelhauds : personne pauvre, vêtue de guenilles

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