-LE MAIRE : (se lève, un livre
ou papier à la main).
À
présent je vais lire le code.
(Il lit lentement sur un ton aigu
et monotone en articulant nettement).

Article
212 du code civil relatif aux droits et devoirs respectifs des époux
:
Les époux
se doivent mutuellement fidélité, secours , assistance.
-CATIROU : T'ovas, Gurtou. Oùro,
foù pus parlâ à l'oùtras filhas où fennas, où b'étou garo à tas coudenas.
Me charge de te doundâ.
-LE MAIRE : (continue sa lecture).
Le mari doit protection à sa femme.
-CATIROU : Codaqui ei très bien.
T'as bè oùvi, lu novi ? No supposiciu que l'Arliroso se pigno(*) avèque
no vésino, foù que tu li eideis. Toun devei qu'ei de foutei sur lous
chais(*) de l'autro.
-LE MAIRE : (agacé , frappe sur
la table).
Allons, laissez-moi lire le code ou je vais chercher le garde champêtre.
Je disais donc: le mari doit protection à sa femme. La femme doit obéissance
à son mari.
-CATIROU : Ah nou, par hasard, jamais
de la vito, Arliroso, te laisso pas mountâ lu cop. Ne chato pas un chait
dins t'un sac. Tu ne vesais pas qu'i se moquen de tu ? Queraque tu signara
pas que tu deveis obei à toun ome ? Eh bé, moun ami, si lous omeis éran
meitreis, las meijous sirien bien gouvernadas; Par que qu'ane bien,
foù que la fenno sié meitresso.
-LE MAIRE : (Hors de lui). Ah quand
finira ce maudit mariage ? Voulez-vous oui ou non, me laisser lire le
code? Faudra-t-il que j'appelle le garde champêtre pour faire évacuer
la salle ?
-CATIROU : (froissée). T'ouvas,
Zèphe : eù me trato de salo. E tu ne disais rè. Tu me souteneis pas.
T'as bè oùvi qu'un ome deù protejâ sa fenno. Mas tu ne sés pas n'ome,
tu sés no mouleto.
-LE MAIRE : (hausse les épaules
et continue). La femme est obligée d'habiter avec son mari et de le
suivre partout où il juge à propos de résider.
-CATIROU : Arrétas, m'y opause.
Codaqui ne po pas eizistâ. Co fai que doun si Gurtou mounto sur un ciriei,
foù que l'Arliroso étou eilo, relhet(*) sur quel aubre, et s'eu vai
au gat de la lébre, foù que l'ane couma sè.
-PEROUNIÉ : (à part). Eh bé, moun
finet, l'ei doù boun gru la vielho.
-VIRONZEAU : (à part). L'ei de travars
coum'un barouei.
-LE MAIRE : (à bout de patience):
Madame
VIPÈRE, Madame VIPÈRE, je vous en supplie écoutez-moi.
-CATIROU : Eh bé, parlas.
-LE MAIRE : On veut dire par ces
paroles que la femme doit habiter dans la même maison que son mari,
mais elle n'est pas obligée de le suivre s'il monte sur le toit ou s'il
se jette à l'eau.
-CATIROU : (calmée). Eh bé, si qu'ei
entau, ne disè ré. Mas foulho s'arplicâ pus tot.
-LE MAIRE : Je continue: le mari
est obligé de la recevoir et de lui fournir tout ce qui est nécessaire
pour les besoins de la vie selon ses facultés et son état.
-CATIROU : (avec satisfaction).
Eh bé, coqui me vai, Moussur notre mèro nous tournaram d'accord. Peique
vous vous rasounas, veu signâ de gout. Dins lu found, vesès-vous, sei
aimablo coumpagneù.
- ZÈPHE : (à part). V'oui, de quis
agneus qu'an de grandas dents e l'ounlhas pounchudas…
-CATIROU : soulamen, n'aimo pas
qu'un se foute de mé. Vole être eicoutado.
-LE MAIRE : À présent, Mesdames
et Messieurs, je vous prie de vouloir bien signer l'acte.
-VII- SIGNATURE DE
L'ACTE
Le
Maire tend le porte-plume aux mariés.
La
Catirou les arrête :
-CATIROU : nòu, qu'ei me que signarai
la prumiéro.
(Elle
signe, Zèphe s'avance et s'apprête à quitter sa blouse).
-CATIROU : La pauso pas, signarai
par tu.
(Elle signe une deuxième fois).
(Les
mariés puis Tine apposent ensuite leur signature.
-J. GIBAUD : Arcusas, Moussur lu Méro,
ne sabe signâ.
-LE MAIRE : Et bien, mettez une
croix.
(GIBAUD
met une croix sur le registre)
-VIROUZEAU : Mète io maren sur l'Eitang
Groulhié où dessous de ma signature ?
-LE MAIRE : Si vous voulez.
(VIRONZEAU
signe puis PERONIER s'avance)
-PEROUNIÉ : E me, pode io metre
cliar de cantounié ?
-LE MAIRE : Comme il vous plaira.
(PERONIER
signe)
(*)
se pignâ : se dit des femmes qui se battent en se tirant les cheveux
chais : côtés du visage
relhâ : grimper