-VIII-      LE MAIRE VEUT PRENDRE "SES DROITS"

     -LE MAIRE : À présent, Monsieur GUSTOU, avec votre permission, je vais, selon la coutume, embrasser votre jeune épouse.
     -GURTOU : Preneis votreis dreis, Moussur lu Méro.
     -LE MAIRE : (avec grâce). Mademoiselle, ou plutot Madame, vous permettez ?
     -ARLIROSO : V'oui Monsieur le Mir.
     -CATIROU (agressive). Gurtou, tu lu leissaras fâ?
     -GURTOU : Bah : qu'ei no chauso que se fai. Moussur lu Méro n'empourtaro pas lu bouci, couma n'un dit.
     -CATIROU : Que co se fase ou que co se fase pas, m'en foute. Te dise que Moussur lu Méro qu'ei n'eisolent. Nous ne som pus oùtems doù nobleis, oùro.
         Tu veseis, si éro à tournâ coumencâ, ne signerio pas l'ate, quante n'un me racherio lous dous ueis.                (en scandant les mots).
        Co fai que, n'un vom bisâ ta fenno sous toun nas, et tu, bouna gent, tu ne diseis ré , Tu sés qui coum'un entrule(*).
Paubreis peissous, n'i a pus de gent om jour d'ahuei. Eh si éro n'ome …
     -GURTOU : Moussur lu Méro, l'eicoutas pas.
               (Il lui fait signe d'embrasser l'Arliroso)
               (Le Maire s'avance de nouveau).
     -CATIROU : (furieuse). Vei lu qui tourno. Mas tout parié, Moussur lu Méro, vous sés bè pus nâtre qu'un mulet rouge. Tounar de gueus. Coqui se faro pas. Co ne siro pas dit qu'uno JABRAUD se leissaro mountâ lu cop.
           (Elle saute sur le Maire, prend les deux bouts de l'écharpe qui lui ceint le cou. Elle serre si fort que le Maire s'agite et devient haletant. Les gens de la noce viennent à son secours et font lâcher prise à la Catirou qui se démène et grince des dents).
     -LE MAIRE : (reprend ses sens. Il enlève l'écharpe de son cou et dit tout en la mettant à la ceinture): Ah, je l'ai échappé belle.
       Ma foi, je vais mettre l'écharpe à la ceinture. Tant pis si mon rhume s'aggrave. Je préfère être enrhumé qu'étranglé.
              (Il prend un air lamentable).
       Il y a des jours où le fardeau de la Mairie est bien lourd à porter. Quand je pense qu'il y a des gens qui envient mon sort…Eh bien que ceux-là prennent ma place. Jusqu'à ce jour, j'avais cependant une satisfaction : embrasser les mariées. C'était charmant et bien inoffensif. Et voilà que le seul agrément du métier s'est envolé. J'en ai assez. J'abandonne mes ingrates fonctions.
     -GURTOU : Fasès pas queù trabail Moussur lu Méro. Gardas votro plaço. Co vous vai trop bien.                 (la colère lui monte peu à peu).
       Cré noum de sor, que de sabat par un meichant embrassamen. N'en ai un deipie enrajat. Co me fai mountâ no maliço, no maliço…S'i fau tant i eibolhe tout.
       Sai boun drôle, mas quante n'un me fai degreù sai si malent qu'un autre. Dins quel afas, vole vei lu darnié mout, mai l'oùrai.
       Arliroso, nous soum bé maridats, oùro. Eh bé, d'après la lei, tu deveis m'oùbai. Ané, embrasso Moussur lu Méro, t'où coumande.
          (Arliroso s'avance pendant que les autres tiennent la Catirou).
     -LE MAIRE : (recule, effrayé). Non, non, je ne veux pas être embrassé. La fille est peut être aussi enragée que la mère. Si elle mord, je suis fichu.
     -GURTOU : (sur un ton rassurant). N'aieis pas poù, Moussur lu Méro, lo n'ei pas verenouso. Si la z'éro sirio deija mort.
             (autoritaire): Arliroso, biso lu e lu mors pas.
(Arliroso poursuit le Maire qui se sauve en renversant plusieurs chaises. Elle finit par l'atteindre et l'embrasser. Le rideau tombe puis se relève pour le chant final : "chansou doù maridage de l'Arliroso").

(*)
entrule : homme peu actif, mal dégourdi

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